Daech : le martyre des coptes d’Égypte

martyre des coptes d'ÉgypteAprès l’assassinat de 21 coptes égyptiens par l’État islamique, le président de l’Organisation franco-égyptienne pour les droits de l’homme décrypte la situation des chrétiens d’Égypte.

Ce dimanche, l’État islamique a diffusé une vidéo qui revendique la décapitation de 21 coptes égyptiens enlevés en Libye. Dans cette vidéo intitulée «Un message signé avec le sang à la nation de la Croix», un bandeau explique que les djihadistes s’adressent au «Peuple de la Croix fidèles à l’Église égyptienne ennemie».

Quelle est l’histoire des chrétiens d’Égypte?

Le christianisme a été introduit très tôt en Égypte, en 60 après Jésus-Christ par Marc, l’un des quatre rédacteurs des Évangiles. Il est considéré comme le premier pape dans une succession ininterrompue de papes ou patriarches d’Alexandrie. (Actuellement, Tawadros II est le 118e et a remplacé Chenouda III décédé en 2012 après 40 ans de siège). L’acceptation de la nouvelle de l’Évangile a été rapide, facilitée par des croyances pharaoniques identiques telles que la résurrection, la vie éternelle, et l’équivalence entre femmes et hommes.

Aux premiers siècles, l’Église d’Égypte très influente, fut l’une des cinq Églises, avec Alexandrie, Antioche (Syrie), Constantinople (Turquie), Jérusalem et Rome à avoir établi les fondements de la doctrine chrétienne. La confession de foi, dite d’Athanase le 20e patriarche d’Alexandrie, est encore utilisée aujourd’hui par toutes les confessions catholique, orthodoxe et protestante. Le monachisme et les règles des moines ont été institués en Égypte.

Au VIIe siècle, à l’arrivée des Arabes, l’Égypte était entièrement chrétienne. Ceux-ci ont appelé ses habitants les «Coptes», dérivé de Keck-Ptah le nom pharaonique du pays. Depuis l’introduction de l’islam et le remplacement progressif de la langue copte, dernière version de la langue pharaonique, par la langue arabe, les chrétiens ont traversé des traitements divers sous les règnes de califes, soit en citoyens à part entière, soit en citoyens de deuxième classe durant des périodes de persécution. Les 150 ans du règne du calife Mohammed Ali en 1800, jusqu’à l’arrivée de Nasser en 1952, furent la période la plus rayonnante.

Depuis l’introduction de l’islam et le remplacement progressif de la langue copte, dernière version de la langue pharaonique, par la langue arabe, les chrétiens ont traversé des traitements divers sous les règnes de califes.

À partir des régimes de Nasser puis Sadate, les coptes ont perdu leurs statuts, et ont été progressivement écartés des fonctions stratégiques de l’État. Durant trente ans sous le régime Moubarak, la société a été lâchée entre les griffes des intégristes islamistes, l’influence de la confrérie de Frères Musulmans et d’un nouveau courant salafiste qui prônent le retour du califat islamique et l’application de la charia. Toutes les institutions, éducation, justice, police, armée, etc. ont été infiltrées par un enseignement de haine accompagné d’un discours religieux fanatique. La différenciation communautaire entre musulmans et chrétiens s’est accrue, et les coptes, marginalisés, sont presque exclus d’une participation citoyenne dans l’État. La fin du règne Moubarak s’est soldée par une division sociétaire entre chrétiens et musulmans, avec des institutions infestées d’idéologie fanatique.

Quelle est la situation des coptes depuis la révolution égyptienne de 2011?

Cette révolution du 25 janvier 2011, soulevée par les jeunes réclamant liberté et égalité, devait mettre fin à cet état de fanatisme. Mais, avec la bénédiction de l’administration américaine qui a préféré faire alliance avec les islamistes, le pays est tombé entre les mains de la Confrérie des Frères.

Durant un an de règne (2012-2013) de l’islamiste Mohammed Morsi, toutes les prémices d’un génocide à l’arménienne pour les coptes étaient là: radicalisation des discours dans les mosquées, incendie d’églises, déportation forcée de villages, destruction de commerces, kidnapping des filles mineures avec conversion et mariage forcés, humiliation de l’image symbolique du pape, appels à quitter le pays.

La deuxième révolution du 30 juin 2013 avec plus de 20 millions d’Égyptiens dans les rues pour réclamer le départ de Morsi et sa confrérie, a mis fin à cet état chaotique. Musulmans et chrétiens se sont unis contre l’idéologie extrémiste fanatique et violente de la Confrérie et des salafistes. Le grand imam Ahmed el-Tayeb de la Mosquée d’al-Azhar, et le patriarche Tawadros II se retrouvent ainsi côte à côte dans différentes démarches communes.

Le président Sissi a pris la défense des chrétiens d’Égypte contre le fanatisme insoutenable des Frères musulmans et leurs alliés terroristes. Par un geste historique, symbolique et courageux, il aura été le premier dirigeant musulman dans l’histoire égyptienne à venir à la messe de minuit du Noël oriental du 6 janvier pour féliciter les coptes et leur apporter un message de paix et d’union nationale. Sa demande récente aux imams et experts d’al-Azhar, à revoir le discours religieux, à épurer les idéologies de violence, et à concevoir une révolution religieuse, est un appel inédit. Il devrait recevoir le soutien mondial à la fois moral et matériel pour atteindre ces objectifs si ambitieux. Sa fermeté et sa prise de position suite aux décapitations des 21 coptes en Libye est fortement saluée. Sa résistance devrait être perçue comme un solide rempart contre l’extrémisme religieux qui se répand dans la région, et dans l’Occident qui ne saurait être épargné.

L’Église d’Égypte a-t-elle mené des actions particulières contre Daech?

L’Église d’Égypte n’a ni la capacité ni le pouvoir de mener des actions particulières en dehors des prières, d’appels au calme pour les jeunes qui seraient en colère contre les persécutions et l’injustice, et d’initiatives auprès les dirigeants du régime au pouvoir pour intervenir. Contrairement aux chrétiens du Liban, il n’y a pas de chrétiens armés ni de milices. Depuis les premiers siècles, elle est appelée «L’Église des Martyrs» suite aux persécutions diverses. Son rôle reste spirituel sans s’isoler du contact avec les hommes politiques du pouvoir.

L’État islamique a indiqué avoir agi notamment en réponse à un incident survenu il y a quelques années: l’enlèvement par l’Église d’Égypte de deux chrétiennes coptes qui auraient voulu se convertir à l’islam. Cette affaire n’a de cesse d’attiser les tensions et dans la vidéo de ce week-end, les djihadistes ont déclaré que leur incursion dans le Sinaï leur permettra «la mise en œuvre facile des attaques de représailles contre les chrétiens en Égypte».

Ces positions révèlent-elles une véritable volonté d’anéantir les coptes ou tiennent-elles plus d’un prétexte pour s’attaquer à l’Égypte et déstabiliser la région?

Il s’agit de l’un des «montages» habituels des islamistes :

  • une bagarre entre un chrétien et un musulman pour qu’elle se solde par la demande de départ de tous les chrétiens du village.
  • une femme qui, selon eux, s’est convertie à l’islam mais en a été empêchée par l’Église, dans le but d’humilier les chrétiens et l’image du Pape et en réalité pour faire silence sur les milliers de filles mineures chrétiennes enlevées, converties mariées de force, puis interdites de tout contact avec leur famille
  • une histoire d’amour entre un garçon copte et une musulmane qui n’est pas autorisée, (l’inverse, un garçon musulman et une fille chrétienne n’est pas interdit et plutôt encouragé) se solde par le massacre de la famille entière.

D’ailleurs, l’une des deux femmes en question, Kamelia Shehata, est apparue à la télévision, en annonçant qu’elle avait quitté sa maison suite à une mésentente avec son mari mais qu’ils s’étaient réconciliés et qu’elle était retournée chez elle. Elle a ajouté qu’elle était chrétienne et ne connaissait rien de l’islam. Mais des islamistes continuent leur version, réclamant le retour de leur sœur convertie Kamelia, enlevée et torturée par l’Église….

Ces positions sont à la fois l’expression d’une menace permanente pour les coptes, et le prétexte pour maintenir la division communautaire pour la déstabilisation du pouvoir.

Les djihadistes utilisent le qualificatif de «croisés» pour désigner leurs victimes coptes. Peut-on y voir le signe d’une «nouvelle croisade»?

Il s’agit d’un terme «péjoratif» qui cache plusieurs significations concernant les chrétiens:

1 Identification: ils ne sont pas les habitants d’origine du pays mais sont les héritiers des «croisades», donc d’une importation occidentale.

2 Kafara: des adeptes de la «croix» alors que, pour eux, Jésus n’a pas été crucifié, donc ce sont des impies et infidèles (Kafara, pluriel de Kafer).

3 Humiliation: chrétien en arabe se dit «Masihi» en terme respectueux. Les islamistes utilisent «croisé lié à la croix et aux croisades» ou «Nasara» avec le noun de Daech en Irak en termes d’humiliation.

Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle croisade mais des attributs donnés aux chrétiens pour justifier le djihad contre ces infidèles.

Source : Figarovox, 17/02/15

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